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COP 28: la politique climatique doit être fondamentalement différente
Comment inverser l'accélération du réchauffement ?

by Marc Alexander, Climate Express, novembre 2023

Été 2021. La Wallonie est inondée par une "bombe à eau", faisant des dizaines de morts. Automne 2023. Le Westhoek subit des inondations d'une ampleur historique. Le réchauffement climatique et ses conséquences sont de plus en plus perceptibles ici aussi. Des accords de migration sont conclus pour les habitants de certaines îles du Pacifique menacées avant que leurs îles ne disparaissent sous le niveau de la mer. Et le réchauffement s'accélère. Comment pouvons-nous inverser la tendance ?

La politique de neutralité climatique nette zéro, un écoblanchiment
Le 30 novembre, la 28e conférence des Nations unies sur le climat (COP 28) s'ouvrira à Dubaï. Pour la deuxième fois consécutive, elle se déroulera dans un pays où les intérêts fossiles pèsent comme du lest sur le cours et les résultats des négociations sur le climat. C'était déjà le cas l'année dernière en Égypte, et cette année risque d'être encore pire. Le président de la COP 28 n'est autre que Sultan Al Jaber, patron de l'ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company). C'est demander à un pyromane de devenir chef des pompiers.

Par ailleurs, un membre de la famille royale des Émirats arabes unis dirige "Blue Carbon LLC", une société spécialisée dans les crédits carbone. Cette entreprise a signé des accords avec plusieurs pays africains pour acheter de grandes étendues de forêts et de terrains forestiers. L'objectif est d'y "récolter" des crédits carbone, qui pourront ensuite être utilisés pour compenser les activités fossiles et donc les émissions de gaz à effet de serre d'origine fossile dans le pays et ailleurs. C'est ce qu'on appelle une "politique de neutralité climatique nette".
Ils citent l'Accord de Paris de 2015, qui prévoit l'échange de droits d'émission comme un moyen de compenser les insuffisances des politiques par l'achat de quotas et de crédits carbone dans d'autres pays. Et oui, l'Accord de Paris ne mentionne en effet que l'objectif de parvenir à des émissions nettes nulles, y compris par le biais de l'échange de droits d'émission.

Comment fonctionne l'échange de crédits carbone ?
Lorsqu'une entreprise basée sur les énergies fossiles, par exemple une compagnie pétrolière ou gazière des Émirats arabes unis (EAU), souhaite ou doit devenir neutre sur le plan climatique, elle peut emprunter plusieurs voies.
Soit elle se transforme en une entreprise énergétique qui passe des énergies fossiles aux énergies renouvelables. C'est la voie suivie par l'entreprise danoise Orsted, par exemple. Elle veut être neutre sur le plan climatique d'ici 2025, en passant alors complètement de sa production d'énergie fossile d'origine à la production d'énergie renouvelable.
Soit l'entreprise fossile n'évolue pas complètement, ou pas du tout, vers une entreprise d'énergie renouvelable. Dans ce cas, elle peut se "blanchir" en devenant une entreprise à zéro émission de CO2. Comment s'y prend-elle ? En compensant la totalité ou le reste de ses émissions de CO2 par l'achat de crédits carbone, par exemple. Elle doit aller les chercher sur ce que l'on appelle le "marché du carbone". Il s'agit d'un marché d'offre et de demande de crédits de carbone. L'offre se compose de différentes sources. Il peut s'agir de quotas d'émission excédentaires qui ne sont pas utilisés par une entreprise ou un pays et qu'ils veulent rentabiliser en les vendant à une entreprise ou un pays qui émet trop de CO2 (dans ce cas, il s'agit en fait d'un échange de quotas d'émission). Il peut également s'agir de pays et d'entreprises qui éliminent le CO2 de l'atmosphère, par exemple en plantant des forêts (on parle alors de crédits carbone).
Dans le cas de la compagnie pétrolière émiratie ADNOC, deux parties sont impliquées : ADNOC en tant qu'acheteur potentiel de crédits carbone via Blue Carbon LLC d'une part, et certains pays africains d'autre part. Ces derniers vendent de vastes étendues de forêts à Blue Carbon LCC parce que les forêts capturent le CO2 et qu'elles le feraient à la place de la compagnie pétrolière ADNOC, qui refuse de le faire (suffisamment) elle-même. Blue Carbon, à son tour, vend les crédits de carbone "récoltés" dans les forêts africaines à une entreprise qui ne réduit pas ou trop peu ses propres émissions de CO2, comme ADNOC.
En fait, une entreprise peut prétendre faire de la politique climatique sans rien faire elle-même. Elle achète alors des crédits de carbone, par exemple, à une tierce partie qui "produit" des crédits de carbone. De cette manière, l'absence de politique climatique est dissimulée derrière une fine couche d'écoblanchiment.

La neutralité climatique ne suffit pas
Le GIEC, l'organe des Nations unies chargé des questions climatiques, analyse l'évolution du climat depuis des décennies. Il apporte également des éléments pour remédier à l'accélération du réchauffement, et même l'inverser en vue d'un refroidissement progressif. Depuis le rapport AR5 du GIEC de 2014, en particulier, les idées se multiplient quant à l'ampleur du défi que représente ce refroidissement. Le rapport de 2014 indique encore prudemment que les scénarios les plus efficaces ne sont pas du tout neutres sur le plan climatique. Non, ils ne s'arrêtent pas à des "émissions nettes nulles". Ils vont plus loin, en plaçant l'absorption nette de gaz à effet de serre au premier plan. Pour ce faire, ils étendent l'horizon temporel de l'ambition climatique au-delà de 2050, à savoir 2100 (et au-delà).

Capter des quantités massives de gaz à effet de serre
Comment pouvons-nous être "neutres" dans nos ambitions climatiques, alors que le réchauffement actuel cause déjà tant de problèmes ? S'arrêter à "zéro émission nette de gaz à effet de serre" signifie que nous atteindrons un niveau de réchauffement beaucoup trop élevé. Et ce n'est pas ce qu'indique le GIEC. Au contraire. Rapport après rapport, les objectifs de réduction nette des gaz à effet de serre se renforcent. Non seulement le délai pour passer des émissions nettes de gaz à effet de serre à l'absorption nette de gaz à effet de serre s'allonge. Il s'agit d'une avancée de 20 ans en cinq ans environ : le moment de la neutralité climatique était encore défini "autour de 2070" en 2014, alors que le rapport SR1.5 de 2018 l'avance de 20 ans, à environ 2050.
De plus, dans ce contexte, la neutralité climatique n'est qu'un court moment. Il est immédiatement suivi d'une très longue période d'augmentation de l'absorption nette de gaz à effet de serre. L'horizon 2100 est alors souvent retenu. Dans le rapport de 2014, la capture nette de gaz à effet de serre commence à partir de 2070, pour atteindre entre 5 et 10 milliards de tonnes par an d'ici 2100. Et dans le rapport AR6 récemment publié, cette quantité de capture nette de gaz à effet de serre a déjà augmenté pour atteindre 13 milliards de tonnes de CO2 d'ici 2100, toujours par an.

En résumé : en moins de dix ans, le GIEC signale deux évolutions importantes à réaliser : le moment de la neutralité climatique est avancé d'environ 2070 à environ 2050. Et la quantité de gaz à effet de serre à capter vers 2100 double presque, passant de 5 à 10 milliards de tonnes à environ 13 milliards de tonnes par an.

Plus la politique climatique tergiverse, plus la politique climatique est ambitieuse par la suite
Il est peu probable que cette évolution s'arrête. Le fait que les rapports du GIEC avancent le moment de la neutralité climatique de 20 ans en à peine cinq ans et doublent la quantité de gaz à effet de serre à capturer vers 2100 en moins d'une décennie n'est pas seulement le résultat d'une meilleure compréhension scientifique. C'est aussi le résultat de l'échec et de l'immobilisme des politiques climatiques mondiales. La quantité de gaz à effet de serre ne diminuant toujours pas, le prix de cette politique irresponsable devra être payé lourdement dans les années à venir et par les générations futures.

L'accord de Paris et les conclusions scientifiques du GIEC ne sont pas la même chose
Comment se fait-il donc que l'on ne parle toujours de la neutralité climatique que comme d'un objectif, et non comme d'un moment, sur la voie d'un autre objectif, à savoir la capture massive et toujours plus importante des gaz à effet de serre ? Qui continue à mettre des bâtons dans les roues - ou plutôt des bâtons géants ? Qui a intérêt à élever un moment intermédiaire de neutralité climatique au rang d'objectif, de sorte que le véritable objectif, à savoir la capture nette de gaz à effet de serre, disparaisse de la vue ? Qui élève cette myopie climatique au rang d'objectif climatique ?

De puissants lobbies sabotent la politique climatique
Lorsqu'un crime est commis, il est inspirant de se poser la question "cui bono", ou "à qui cela profite-t-il". Souvent, ce principe permet de trouver la direction où se trouvent les auteurs d'un crime. À qui profite la perpétuation du mythe de la "neutralité climatique" en tant qu'objectif....
Il ne faut pas chercher bien loin. Dans les pays qui possèdent le plus de ressources fossiles et les pays qui possèdent le plus d'énergie nucléaire et/ou d'armes nucléaires, les fervents défenseurs des giga-corporations et des régimes qui tirent des profits et des pouvoirs massifs des activités fossiles et nucléaires se sentent obligés, après le déni du climat, de proposer des "politiques climatiques" taillées pour leur propre survie. L'Accord de Paris voit le jour dans le pays qui possède la plus grande part d'énergie nucléaire au monde, à savoir la France. Lorsque la COP a lieu à Glasgow, une fois de plus, le lobby nucléaire défile dans les couloirs des bâtiments de la COP, proposant l'énergie atomique comme solution climatique. Et les sommets sur le climat dans les pays riches en pétrole sont empoisonnés par les intérêts fossiles, comme le montre l'exemple de l'ADNOC.

La neutralité climatique comme tactique du gaz fossile et du nucléaire
La raison pour laquelle ces groupes d'intérêt font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir artificiellement le mythe de la neutralité climatique en tant qu'objectif final, contre l'apport scientifique du GIEC, est qu'avec beaucoup de tours de passe-passe, et grâce à des subventions massives et donc à l'argent des contribuables provenant de l'homme et de la femme de la rue, ils peuvent encore se glisser dans un tableau de politiques neutres sur le plan climatique. Il n'en va pas de même pour les politiques favorables au climat, qui contribuent à inverser le réchauffement. En effet, les reliques du passé ne peuvent pas y contribuer. Seul un ensemble intégré d'énergies renouvelables dans toute leur multiplicité peut y contribuer.

Le chant des sirènes nucléaires fait tanguer le navire climatique
Pendant ce temps, le gaz fossile (le vrai nom du gaz "naturel") a perdu une grande partie de ses plumes depuis la guerre en Ukraine. Et puis, il y a le secteur nucléaire qui brille à jamais. Compte tenu des dangers que représentent les centrales nucléaires, en particulier en temps de guerre, l'énergie nucléaire aurait également dû perdre au profit de cette même guerre d'Ukraine. Après tout, aucune centrale nucléaire ne peut résister aux armes de guerre. En outre, la Belgique est plus dépendante de l'uranium russe que du gaz russe. En outre, l'énergie nucléaire est beaucoup plus chère et moins sûre. Elle entrave également, sur le plan financier et organisationnel, le développement des énergies renouvelables et, en particulier, des énergies respectueuses du climat. Enfin, le problème des déchets n'est toujours pas résolu. Ce problème s'aggravera avec toute nouvelle génération de petits réacteurs modulaires, comme le montre une étude américaine du PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences). Enfin, l'énergie nucléaire est liée comme des jumeaux siamois aux armes nucléaires et aux applications nucléaires militaires. En effet, les centrales nucléaires dites "civiles" sont les principaux fournisseurs "clandestins" de matières premières pour les armes nucléaires et d'autres applications nucléaires militaires.

En bref, l'énergie nucléaire devrait appartenir à l'histoire des erreurs les plus odieuses de l'humanité. Mais cela va au-delà de la valeur du nucléaire, et notamment de son volet militaire. Au lieu d'admettre honnêtement que les jumeaux siamois que sont l'énergie nucléaire et les armes nucléaires devraient être bannis, la militarisation du monde, avec les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine en tête, fait pression pour la "modernisation" de l'énergie nucléaire, comme base pour la modernisation des applications nucléaires militaires (armes nucléaires, propulsion des navires de guerre et de leurs armements conventionnels, recyclage morbide de l'uranium appauvri et contaminé dans les systèmes d'armement conventionnels...). En plus de son bras économique, financier et politique (comme le lobby fossile), le lobby nucléaire est aussi beaucoup plus imbriqué dans le militarisme mondial. Cela conduit le lobby nucléaire à gagner encore plus d'importance, contre tous les intérêts fondamentaux des gens ordinaires et de leur environnement. Éviter l'apocalypse climatique par un armageddon nucléaire, c'est comme combattre la peste par le choléra.

Il est grand temps d'adopter des politiques positives pour le climat
Au lieu de nous attarder sur les formes d'énergie abandonnées, nous devons nous concentrer sur des politiques positives pour le climat, y compris dans le domaine de l'énergie. Après tout, l'objectif climatique est d'éliminer massivement les gaz à effet de serre de l'atmosphère et des océans. Cela permettra de jeter les bases d'une inversion du réchauffement. L'objectif est de parvenir à un refroidissement progressif du climat. Cela se produira après une période où le réchauffement continue de s'accentuer en raison d'effets d'inertie naturels. Un exemple de ces derniers est le fait que les océans ont longtemps retardé le réchauffement, précisément en raison de leur contenu gigantesque. Mais la chaleur déjà stockée sera également "évacuée" (ou pire : évacuée par la pluie et la tempête) avec un certain retard. C'est pourquoi nous ne devrions pas tarder à mettre en place une palette variée de technologies de piégeage de l'effet de serre, que ce soit dans le domaine de la gestion des terres, de l'industrie ou du secteur de l'énergie.

La gestion des terres, l'industrie et l'énergie nécessitent un captage net massif des gaz à effet de serre, une utilisation circulaire et un stockage si nécessaire.
La tâche consistant à inverser le réchauffement pour le remplacer par un refroidissement est tellement énorme que nous devrons prendre toutes les mesures possibles pour y parvenir. Et le premier secteur à y contribuer est celui de la gestion des terres. Un ensemble de mesures est nécessaire à cette fin. Il s'agit notamment de mesures telles que le reboisement, la restauration des tourbières qui absorbent le CO2, les réserves naturelles, l'accumulation d'humus dans tous les sols, la plantation de terres marginales. L'agriculture et surtout l'élevage devront également changer en profondeur. La généralisation de l'agriculture biologique, la rotation des cultures, le remplacement d'une partie importante de l'élevage par d'autres cultures (comme les cultures pour les matériaux biosourcés, les textiles, les engrais verts, la biomasse pour l'énergie positive pour le climat), le renforcement de la biodiversité, notamment pour les pollinisateurs et les insectes prédateurs, ... constituent une liste longue et encore incomplète de mesures à prendre. Et là aussi, nous nous heurtons aux intérêts particuliers de l'agro-industrie, comme le montre la débâcle européenne du glyphosate.

L'industrie devra également jouer son rôle. Cela se fera en partie en développant davantage certaines techniques de captage direct du CO2 dans l'air. Mais aussi en retraitant le CO2 capturé dans d'autres secteurs (voir ci-dessous sous énergie) de manière circulaire ou en le stockant de manière durable, par exemple dans des matériaux de construction ou des gaz circulaires. Enfin, le secteur des énergies renouvelables trouvera un véritable partenaire complémentaire dans les centrales au biométhane (et autres gaz verts) très flexibles, par exemple dans les centrales de production combinée de chaleur et d'électricité (PCCE). Celles-ci devraient être équipées par défaut pour capturer le CO2 en vue de sa réutilisation (voir ci-dessus dans la section industrie), tandis que la combustion du biométhane (et d'autres gaz verts) devrait se faire avec de l'oxygène pur. De cette manière, non seulement les émissions de CO2 sont évitées, mais les émissions d'azote sont également évitées. On évite également les émissions d'oxydes d'azote.

COP 28, 29,... : se battre pour des exigences qui régénèrent le climat
Étant donné que nous sommes confrontés à des lobbies qui inhibent fortement les politiques climatiques (fossiles, nucléaire, agro-industrie,..., et leurs bailleurs de fonds), nous devrons intensifier nos campagnes en faveur de politiques positives pour le climat. Pour ce faire, trois éléments sont importants pour guider notre lutte. Premièrement, nous devons nous fixer des objectifs climatiques corrects. La neutralité climatique n'est pas un objectif, mais seulement un point de basculement vers le véritable objectif, à savoir la capture nette et massive des gaz à effet de serre. C'est ce que nous appelons une politique climatiquement positive. Deuxièmement, nous devons nous préparer à des actions qui vont à l'encontre des intérêts des grands lobbies et de leurs bailleurs de fonds, qui inhibent ou rendent impossibles les politiques climatiques. Et troisièmement, nous devrions reprendre une idée utile de l'"accord des peuples" de 2010.

Cet accord appelle à la création d'un Tribunal international de justice climatique et environnementale : "(...) la création d'un Tribunal international de justice climatique et environnementale doté de l'autorité juridique nécessaire pour prévenir, juger et punir les États, les entreprises et les personnes qui, par leur implication ou leur négligence, polluent et provoquent le changement climatique ". (extrait de la Déclaration de Cochabamba, 2010). Si la compétence est élargie au climat et à l'environnement, et au génocide résultant d'une mauvaise gestion du climat et de l'environnement, nous aurons alors un tribunal contre l'écogénocide, qui ira encore plus loin qu'un simple tribunal contre l'écocide, ou qu'un tribunal des droits de l'homme distinct.